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TOLKIEN contre JACKSON.............épisode III

Publié le

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Pitch     la Communauté de l’Anneau reste toujours divisée. Sam Gamegie accompagne toujours Frodon Sacquet jusqu’à la Montagne du Destin, mais il ne savent pas se mettre à l’abri de la malice perfide de Gollum. Croyant en la réussite de la destruction de l’Anneau, Aragorn et Gandalf ne sont pas au bout de leurs surprises. S’ils doivent sauver le Gondor contre les attaques massives des orques de Sauron, le messager de Sauron viendra leur démontrer que le semi-homme est bel et bien mort, preuve de sa cotte de maille et de sa broche elfique à l’appui. Aragorn, suivant son instinct, décapitera ce messager. Et il n’aura pas forcément tort : Frodon n’est pas mort…mais il est retenu captif au pire endroit : au beau milieu du Mordor, terre de l’omniscient Oeil de Sauron.

Avis      plusieurs longueurs, même si c’était à prévoir dès lors qu’il s’agisse de la version longue (3H54min). Le côté épique est sublimé non plus par les exploits personnels de Gandalf (comme contre le Balrog par exemple) mais par un Aragorn que l’on sent prendre les choses sérieusement en main, en signe de son intronisation  royale à venir. Le côté épique est bien entendu sublimé aussi par les batailles de Pelennor, de Minas Tirith et du Mordor, qui mettent en scène des personnages auquels on commençait à s’attacher, comme Théoden, Eowyn, Eomer, en plus de ceux que l’on connaissait déjà bon guerrier (Aragorn, Gandalf, Gimli, Legolas). Tout ce qui va suivre ne parle que des différences entre la version de Tolkien et celle de Peter Jackson. Ce n’est en aucun cas un résumé du film, et à ce titre, vous ne trouverez rien sur la dernière demi-heure de film. Car Jackson a suivi à la lettre les derniers chapitre de Tolkien (mariage de Aragorn, son intronisation royale, le rapprochement de Sam Gamegie avec Rosie, le départ de Frodon, Gandalf, Bilbon et Elrond pour les Havres Gris). Il y a juste un épisode qui n’est pas retranscrit par Jackson : celui du « nettoyage de la Comté » par Sam, Frodon, Pippin et Merry (mais j’en parle dans la sous-partie immédiatement ci-dessous).

*Les réussites de Peter Jackson*

L’ épisode de la confrontation Saroumane/Gandalf, qui est dans le livre 2, mais dans le film 3, a subit une réorganisation scénaristique majeure, et du coup très osée de la part de Peter Jackson. En clair, Saroumane y meurt, tandis que chez Tolkien, il est laissé seul avec Grima Langue de serpent en haut de la Tour de l’Isengard. Une tour qui sur ordre de Gandalf reste ceinturée par les Ents. Le superbe tour de passe-passe réalisé par Jackson tient au fait que ça lui évite de prolonger son film de vingt minutes supplémentaires, des minutes où l’on verrait la Comté être mise à sac et à bas par Saroumane et par Grima, et où tous les Hobbits vivent soit dans la servitude, soit dans la peur, soit dans l’attentisme désespéré. On est chez Tolkien bien entendu, et sur ce, Sam, Pippin, Frodon et Merry doivent se serrer les coudes pour retourner la Comté contre Saroumane et remettre de l’ordre dans leur pays natal (Saroumane finira égorgé des mains de Grima). Cet épisode précède la fin ultime, celle du départ de Frodon, Gandalf, Elrond et Bilbon pour les Havres Gris (dernier chapitre du tome 3). Pour ma part je le juge inutile et hors de propos : le but était que les Hobbits prouvent à Gandalf leur valeur. Jackson a jugé bon de se dire qu’ils avaient suffisamment prouvé leur valeur. Du coup Peter Jackson tue dans l’œuf ce petit dénouement final, en faisant tuer Saroumane au bout de vingt minutes de film. Rien à redire si ce n’est que c’est osé mais bien vu !

Peter Jackson a très bien introduit l’implacable Seigneur des Nazgûls. Il commence d’abord par une visite de Pippin et Gandalf chez Denethor (au Gondor), visite au bout de laquelle Gandalf est tourné en dérision par un Denethor qui ne croit pas à une attaque de Sauron sur sa forteresse si reconnu comme imprenable.  Gandalf sortira alors et commencera à s’entretenir avec Pippin, en lui affirmant que « Sauron n’a pas encore lancé toutes ses forces ! ». Avec un procédé d’image accompagnant ce qu’il dit, on devine d’abord un Nazgûl, puis on repère un casque différent, une stature plus haute puis sa monture. Puis le procédé continue et Sam et Frodon, à l’autre bout du Mordor, servent de témoins à ce qu’avance Gandalf : tous deux voient une armée immense d’orques sortirent de la Porte Noire et sont surpris par les cris perçants de la monture qui surplombe dans les airs ces orques. Jackson fait alors un gros plan sur le torse puis la tête du Seigneur des Nazgûls.

La bataille du fleuve Pelennor, livré corps et âme par Faramir contre des orques, est très épique, filmée comme il le faut, dynamique. L’épique prend le dessus dès lors que Faramir doit ordonner le repli. On le voit lui et d’autres rescapés chevaucher à dos de cheval vers leur base arrière : Minas Tirith. Pris de vitesse par cinq Nazgûls, certains sont tués….jusqu’à ce que Gandalf foncent avec Gripoil à leur rencontre et, bâton tendu vers les Nazgûls, leur jette de grands traits de lumière blanche. Les Nazgûls sortent des cris stridents et rebroussent chemin. Le cadrage est bon car on est comme embarqué dans une caméra qui avance et suit Gripoil à pleine vitesse.

Le périple de Sam et Frodon jusqu’à la Montagne du Destin est trop longuet et parfois morne chez Tolkien. Le périple de Sam, Gollum et Frodon, traîne en longueur chez Jackson comme chez Tolkien. La grande réussite de Jackson, qui ne vaut ce qu’elle vaut qu’au regard de l’ensemble de la trilogie ciné, est qu’il a modifié bien des choses dans le but de dynamiser leur périple malgré le côté morne qui était propre à Tolkien. Jackson a voulu rapprocher davantage Sam de Frodon au plan de l’amitié, donnant quelques moments d’émotions (au plan amitié t complicité j’entends). Les deux autres bonnes idées de Jackson sont ces moments d’humour (« stupide hobbit joufflu ! »), ces moments de haine entre Sam et Gollum et touts ces épisodes longuets chez Tolkien qu’il a raccourci au strict nécessaire (comme le périple en solo de Sam, avec l’Anneau, recherchant à délivrer Frodon de la Tour de Cirith Ungol). Pour illustrer la perversité de Gollum, Jackson ne s’est pas réduit à mettre en image l’araignée géante et le tunnel malsain dans lequel Frodon a été entraîné par le perfide Gollum. Il a inventé l’histoire du pain elfique qui a disparu du sac, et que Gollum avait discrètement enlevé. Ce qui aboutit à à la répudiation de Sam par un Frodon qui l’accusa d’avoir commis cette cruauté. Par ailleurs le moral qui est sapé chez Sam et Frodon par les périples endurés est très bien retranscrit par Jackson. Toute ces descriptions morales, ces pauses de tension nerveuse, ce jeu des émotions, ont concouru à faire durer le périple de Sam et Frodon jusqu’à la toute fin du film, et ont permis de le rendre plus intéressant que ce qu’il était chez Tolkien.

Peter Jackson a fait preuve d’une belle imagination pour mettre en image le périple de Aragorn, Gimli et Legolas le long du Chemin des Morts. On sent quand même du recopiage de Indiana Jones au plan bande-son (léger) et attente (Indiana Jones et le Temple maudit). Mais je dois dire que ce fut une petite claque de voir pour « de vrai » les Rois morts, modélisés avec brio. Flessar, le roi des Morts, accepte de combattre aux côtés de Aragorn, pour recouvrer son honneur et laver son passé de traître à la couronne. Mais ce ne fut pas aisé car lui et ses hommes encerclaient Aragorn, Gimli et Legolas, avec force du surnombre. Heureusement que Aragorn s’est présenté comme l’héritier d’Isildur, et qu’il le montra en dégainant l’épée de….Isildur !

Il y a plein de détails liés aux batailles qui ont bel et bien été retranscrits dans le film, et c’est bien vu. Comme par exemple les orques qui encerclent Minas Tirith, et qui catapultent à l’intérieur de l’enceinte les têtes des soldats du Gondor qui ont été décapités à Pelennor. Les éléphants de guerre qui m’ont rappelé la grande Carthage. La modélisation des Rois Morts est parfaite, même si on sent que Jackson n’a pas osé les filmer en combat, au plus près. Peut être parce que ça demandait un travail numérique beaucoup trop dur…

Metropolitan FilmExport

*Les échecs de Peter Jackson*

            Suite à la mort de Saroumane, tout le monde fait la fête, avec notamment Merry et Pippin qui dansent et chantent sur les tables, et avec un concours entre Legolas et Gimli de celui qui tiendra le mieux la pinte de bière. Ça fait sourire sur le coup mais c’est tellement à contre-emploi des périls dans lesquels ils s’engouffrent (batailles de Pelennor, Rammas, Minas Tirith, Mordor + crainte que Frodon échoue à mener l’Anneau jusqu’à la Montagne du Destin).

            Si l’introduction progressive dans l’intrigue du Seigneur des Nazgûls est excellente, laissant plein d’attentes, le traitement de ce personnage décevra par la suite. J’aurai tellement voulu le voir débarquer sur le seuil de la porte de Minas Tirith, comme chez Tolkien. Au lieu de cela il atterrit dans la ville haute, barrant le passage à Gandalf. Ma déception n’est pas là, parce qu’au fond ce n’est qu’une modification spatiale (dans la ville haute au lieu du seuil de la porte principale de la ville basse). D’ailleurs, le discours échangé entre Gandalf et lui est fidèle à Tolkien, et les actes qui suivent ce discours sont même mieux chez Jackson. Gandalf lui crie : « Vous ne pouvez entrer ici !  Retournez à l’abîme préparé pour vous. Retournez !  Tombez dans le néant qui vous attend, vous et votre Maître. Allez ! ». Le Seigneur des Nazgûls lui répond : « Vieux fou !  Vieux fou !  Mon heure est venue. Ne reconnais-tu pas la mort quand tu la vois ?  Meurs maintenant et maudis en vain ! » (leur confrontation n’aura pas lieu chez Tolkien, par contre Jackson s’est amusé à faire dégainer l’épée du Seigneur des Nazgûls, la faire s’enflammer, et à faire que le bâton de Gandalf se brise en mille morceaux et que Gandalf soit propulsé à terre…..ce sur quoi les cavaliers de Théoden sonnent le cor et détournent le Seigneur des Nazgûls de Gandalf). Le traitement de ce personnage noir m’a déplu dès lors que j’ai constaté avec quelle facilité il a été tué. J’attendais tellement plus de lui, surtout après avoir vu ce qu’il avait fait du bâton de Gandalf.

            Dans le livre la fuite de Sam et Frodon depuis l’armée orque est très crédible. Ils profitent d’un carrefour où deux armées orques se rejoignent, créant l’anarchie, le brouhaha,etc. Du coup ils en profitent pour se mettre dans un fourré, déguisés en orque. Chez Jackson, c’est beaucoup moins crédible : Sam et Frodon font mine de se bagarrer, créant du n’importe quoi dans les rangs….et ils arrivent à partir discrètement en marchant courbés. 

*Les réorganisations scénaristiques de Jackson*

            Dans l’ensemble il y a un léger décalage entre les deux histoires parallèles : le périple de Frodon et Sam d’un côté, et les aventures du reste de la communauté de l’Anneau. Un léger décalage du en fait aux remaniements scénaristiques qu’a fait Peter Jackson dans le volet 2, Les Deux tours, et aussi du à la digression faite sur le pourquoi Sméagol est-il devenu Gollum. Ainsi, Le Retour du Roi commence avec un flash-back où l’on voit Sméagol pêcher avec un ami. Ce dernier trouvant l’Anneau au fond de l’eau, Sméagol devient obnubilé d’un seul coup et finit par l’étrangler. Cet épisode servira à finir d’ « introduire » Gollum dans le film, en montrant ce à quoi il est prêt dès qu’il s’agit de détenir son « précieux », c'est-à-dire qu’on le montre capable de tuer son propre ami pour le détenir. C’est aussi l’occasion de montrer la puissante force destructrice et perverse de l’Anneau Unique, puisque l’on voit une déshumanisation physique progressive de Sméagol….jusqu’à ce qu’il prenne la véritable apparence de Gollum. Une bonne façon prise par Jackson de montrer la grande menace qu’est Gollum pour Sam Gamegie et Frodon Sacquet. Même si cela concoure trop selon moi à faire de ce Gollum un facteur de suspense permanent propice aux codes du cinéma, plutôt qu’un acteur de surprise finale comme il l’est chez Tolkien.

 

            L’épisode de la confrontation Saroumane/Gandalf, à la Tour de l’Isengard, est comme je l’avais dit, oublié du volet 2 de Jackson, bien que passionnant. En fait on retrouve cet épisode au début de troisième volet-ci. Cette séquence succède à la séquence de l’Anneau trouvé par Sméagol au cours d’une partie de pêche. J’ai décrit cette confrontation Saroumane/Gandalf dans ma critique des Deux Tours. Je peux donc juste ajouter qu’il y a eu des modifications de faites, anodines hormis la fin de cette séquence qui voit la meurtre de Saroumane par Grima Langue de Serpent, à coups de couteaux dans le dos. Saroumane perd alors connaissance et tombe dans le vide, s’empalant sur un pic. Cette séquence est aussi à placer comme une victoire de Peter Jackson sur l’œuvre originale de Tolkien (voir la sous-partie « *Les réussites de Peter Jackson* »).

            Chez Tolkien, la bataille de Pelennor succède à celle de Cair Andros puis celle de Rammas, et précède celle, dévastatrice, de Minas Tirith. Chez Jackson, pas vraiment : d’abord celle de Pelennor, puis celle de Minas Tirith (celles de Rammas et de Cair Andros sont omises de l’intrigue de Jackson). Ce n’est pas grave sauf peut être le fait que ces quatre batailles s’inscrivaient dans un processus littéraire faisant de Faramir l’homme à tout faire de Denethor, son père. Fils peu aimé de son père, ce dernier semble chez Tolkien, l’envoyer au charbon sans scrupules.

            Devant la porte du Mordor, le messager de Sauron, qui surenchérit sur la mort de Frodon en montrant les restes de ses vêtements, se voit subtiliser les affaires de Frodon par Gandalf. Chez Jackson il est décapité par Aragorn. Pourquoi pas ?  Cette idée de Jackson de donner plus de caractère à Aragorn est bien vu. Gandalf restant le personnage maître chez Tolkien, Aragorn restant le maître chez Jackson.



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