Partager l'article ! The Boxer (Jim Sheridan -1997): Plus d'infos sur ce film <> Cest dans le Belfast des années de sinis ...
Cest
dans le Belfast des années de sinistrose (1990s), et sa banlieue ouvrière quun
ancien boxeur de renom sort de 14 ans de rétention pour décider de retrouver
son quartier, les souvenirs quil y a laissé, et la haine sociale et religieuse.
Faisant table rase du passé, il décide de ne plus se mêler de ce qui ne le
regarde pas, comme son ancien rôle au sein de lIRA, et ose penser encore à la
belle Maggie dont lIRA lui interdit formellement la moindre retrouvaille
amoureuse.
Jim Sheridan signe là son troisième volet consacré à son Irlande sociale,
dont la réussite avait suffi pour redonner ses lettres de noblesse à un cinéma
irlandais jusqualors aussi miné par son budget que la société était minée par
ces années de plomb favorisant toutes les haines, jalousies et rancoeurs
La
caméra épurée de Jim Sheridan avait fait des merveilles dans Réussir ou Mourir,
la biographie visuelle faite sur mesure pour 50 Cent. Mais bien avant cette
réussite qui a touché les jeunes générations dernièrement, Jim Sheridan pondait
dans les années 90 un triptyque sur lIrlande des quartiers des années
sinistrose (années 90), dont The Boxer est le troisième volet (1997) après The
Field (1991) et Au Nom du Père (1994). Jim Sheridan est le
révélateur de lacteur Daniel Day-Lewis, tête daffiche de ce Boxer, et
également le virtuose qui a redonné sa superbe au cinéma national irlandais.
Dans
The Boxer son sens de lépurement prend toute sa verve. Quoi de mieux que sa
sobriété pour filmer le désastre gisant dans les pierres tombées des quartiers
populaires de Belfast, où sont « parqués » les travailleurs à la
petite semaine, les activistes nationalistes, avec tous femmes et enfants à
charge, dans une Irlande qui connaît la crise et ne sen sort pas. La
possibilité de renouveau proposée en fil rouge par Jim Sheridan, est la
baisse des tensions socioreligieuses et ethniques entre les communautés
protestantes et catholiques de Belfast. Il en fait une condition sine qua non
pour un vrai renouveau, pour un nouveau départ social tout au moins. Mais cette
misère sociale pleine de haines sociales, de conflits intestins est un acteur à
elle toute seule, ô combien tragique.
Un pas en avant vers le renouveau et les activistes remettent leur grain de sel. Sens de lhonneur, orgueils et préjugés sont comme des « pestes » surpuissantes capables de foutre en lair le moindre effort de dialogue intercommunautaire. Triste constat alors que de voir ce boxeur, aimant une femme, sa boxe et le vieux ring quil ressort des poussières dun cave, vouloir se ranger et essuyer les tirs descarmouche intempestifs sans broncher. Cette femme (Emily Watson) belle comme la pureté de leau, qui dans un monde dhommes ne peut que fermer sa gueule et les laisser décider de tout et de rien : activisme, politique, murs et même de son propre amour éternel pour ce boxeur devenu prisonnier malgré lui, pour un attentat quil na pas commis bien que faisant partie à lépoque des troupes de lIRA.
Il
y a celui qui lui a fait porter le chapeau justement, et auquel ce samaritain
pardonne. Le rôle revient au très présent Gerard McSorley. Il y a
surtout ce déchaînement de violence crescendo, ou plutôt cet enchaînement à la
Mère Patrie qui rattrapera au galop tous ses espoirs de mec rangé. Il y a des
combats nobles à mener dès lors que la vie de gosses, de femmes, que des
questions davenir et damour passent à la moulinette de lattentat le plus
minime, qui brise tout sur son passage, les espoirs de renouveau et les efforts
de certains, lavenir de tout un peuple que ce Danny Flynn pensait pouvoir
tenir entre ses gants. La boxe aussi pour sen sortir, sévader dun climat
pesant. Se donner en spectacle malheureusement dans un sport qui malgré tout
reste martial, et qui ne devient plus très simple à mener avec virtuosité dès
lors quon veut faire le bien et rien que le bien. Il a laissé derrière lui son
ancien partenaire dentraînement de boxe, campé par le très bon Ken Stott,
parvient à la rattraper au vol grâce à sa gentillesse prête à encaisser tous
les coups.
Jim
Sheridan et Daniel Day-Lewis offrent une nouvelle fois, après Au Nom du Père,
une collaboration digne du 7ème
Art, dans sa capacité particulière à
jouer laustérité et faire transpirer ces pauvres décors cadre réel comme lexcroissance
maligne de leur austérité sociale. The Boxer est une boule de neige, qui à
mesure quelle roule amasse les sanglots de tout un peuple, brise toutes les
branches sur son passage et empêche toute retenue, tout espoir de sen tenir à
quelque chose, à quelquun, de se maintenir en létat même. Vaste précipice
sans nom, ni loi que cette périphérie de Belfast, morbide bunker où sont
enfermés des gens pleins despoir pour très peu dentre eux, pleins de haines,
jalousies pour beaucoup. Jim Sheridan rend compte avec une grande intelligence
de toutes les misères humaines que notre monde peut encore cumuler sur les frêles
épaules de quelques millions de gens. Sheridan en fait un drame absolu par
petites touches de maléfices, comme ces policiers et ces autorités locales qui
finalement prennent ce quils peuvent : un coup de projecteur des médias
lorsquils offrent des tenues de boxe au club remis sur pied par Danny Flynn,
alors que celui-ci sait que sil les accepte il alimentera la cause des
activistes, la police étant protestante et étant la réminiscence permanente
dans la tête de beaucoup de déshérités irlandais catholiques de loppression qui
résulte dune sorte « dinvasion anglaise ».
Cela
fait depuis 1916 que cela dure, même le conflit de la Grande Guerre navait pas
résisté à cela, lorsquil fallait notamment trouver des volontaires irlandais
pour rejoindre les troupes britanniques envoyées en France contre lAllemagne de
Guillaume II, cest dire la difficulté pour Jim Sheridan de traiter dun sujet
qui dépasse aujourdhui encore beaucoup de monde. LIrlande est aujourdhui en
pleine lumière en terme de réussite socio-économique, son modèle économique a
pondu les meilleurs ufs en or de toute lEurope au sortir des années 90 de
plomb, mais le problème est réel, et valait linvestissement dun tel duo de
qualité Sheridan-Day-Lewis pour en parler avec pureté, sobriété et intimité. Un
film coup de poing comme il est impossible den faire avec autant de réussite
sur un sujet social aussi complexe. Bravo !
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