Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /Déc /2008 19:19
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C’est dans le Belfast des années de sinistrose (1990’s), et sa banlieue ouvrière qu’un ancien boxeur de renom sort de 14 ans de rétention pour décider de retrouver son quartier, les souvenirs qu’il y a laissé, et la haine sociale et religieuse. Faisant table rase du passé, il décide de ne plus se mêler de ce qui ne le regarde pas, comme son ancien rôle au sein de l’IRA, et ose penser encore à la belle Maggie dont l’IRA lui interdit formellement la moindre retrouvaille…amoureuse. Jim Sheridan signe là son troisième volet consacré à son Irlande sociale, dont la réussite avait suffi pour redonner ses lettres de noblesse à un cinéma irlandais jusqu’alors aussi miné par son budget que la société était minée par ces années de plomb favorisant toutes les haines, jalousies et rancoeurs…

 

La caméra épurée de Jim Sheridan avait fait des merveilles dans Réussir ou Mourir, la biographie visuelle faite sur mesure pour 50 Cent. Mais bien avant cette réussite qui a touché les jeunes générations dernièrement, Jim Sheridan pondait dans les années 90 un triptyque sur l’Irlande des quartiers des années sinistrose (années 90), dont The Boxer est le troisième volet (1997) après The Field (1991) et Au Nom du Père (1994). Jim Sheridan est le révélateur de l’acteur Daniel Day-Lewis, tête d’affiche de ce Boxer, et également le virtuose qui a redonné sa superbe au cinéma national irlandais.

Dans The Boxer son sens de l’épurement prend toute sa verve. Quoi de mieux que sa sobriété pour filmer le désastre gisant dans les pierres tombées des quartiers populaires de Belfast, où sont « parqués » les travailleurs à la petite semaine, les activistes nationalistes, avec tous femmes et enfants à charge, dans une Irlande qui connaît la crise et ne s’en sort pas. La possibilité de renouveau proposée en fil rouge par Jim Sheridan, est la baisse des tensions socioreligieuses et ethniques entre les communautés protestantes et catholiques de Belfast. Il en fait une condition sine qua non pour un vrai renouveau, pour un nouveau départ social tout au moins. Mais cette misère sociale pleine de haines sociales, de conflits intestins est un acteur à elle toute seule, ô combien tragique.


Un pas en avant vers le renouveau et les activistes remettent leur grain de sel. Sens de l’honneur, orgueils et préjugés sont comme des « pestes » surpuissantes capables de foutre en l’air le moindre effort de dialogue intercommunautaire. Triste constat alors que de voir ce boxeur, aimant une femme, sa boxe et le vieux ring qu’il ressort des poussières d’un cave, vouloir se ranger et essuyer les tirs d’escarmouche intempestifs sans broncher. Cette femme (Emily Watson) belle comme la pureté de l’eau, qui dans un monde d’hommes ne peut que fermer sa gueule et les laisser décider de tout et de rien : activisme, politique, mœurs et même de son propre amour éternel pour ce boxeur devenu prisonnier malgré lui, pour un attentat qu’il n’a pas commis bien que faisant partie à l’époque des troupes de l’IRA.


Il y a celui qui lui a fait porter le chapeau justement, et auquel ce samaritain pardonne. Le rôle revient au très présent Gerard McSorley. Il y a surtout ce déchaînement de violence crescendo, ou plutôt cet enchaînement à la Mère Patrie qui rattrapera au galop tous ses espoirs de mec rangé. Il y a des combats nobles à mener dès lors que la vie de gosses, de femmes, que des questions d’avenir et d’amour passent à la moulinette de l’attentat le plus minime, qui brise tout sur son passage, les espoirs de renouveau et les efforts de certains, l’avenir de tout un peuple que ce Danny Flynn pensait pouvoir tenir entre ses gants. La boxe aussi pour s’en sortir, s’évader d’un climat pesant. Se donner en spectacle malheureusement dans un sport qui malgré tout reste martial, et qui ne devient plus très simple à mener avec virtuosité dès lors qu’on veut faire le bien et rien que le bien. Il a laissé derrière lui son ancien partenaire d’entraînement de boxe, campé par le très bon Ken Stott, parvient à la rattraper au vol grâce à sa gentillesse prête à encaisser tous les coups.


Jim Sheridan et Daniel Day-Lewis offrent une nouvelle fois, après Au Nom du Père, une collaboration digne du 7ème
Art, dans sa capacité particulière à jouer l’austérité et faire transpirer ces pauvres décors cadre réel comme l’excroissance maligne de leur austérité sociale. The Boxer est une boule de neige, qui à mesure qu’elle roule amasse les sanglots de tout un peuple, brise toutes les branches sur son passage et empêche toute retenue, tout espoir de s’en tenir à quelque chose, à quelqu’un, de se maintenir en l’état même. Vaste précipice sans nom, ni loi que cette périphérie de Belfast, morbide bunker où sont enfermés des gens pleins d’espoir pour très peu d’entre eux, pleins de haines, jalousies pour beaucoup. Jim Sheridan rend compte avec une grande intelligence de toutes les misères humaines que notre monde peut encore cumuler sur les frêles épaules de quelques millions de gens. Sheridan en fait un drame absolu par petites touches de maléfices, comme ces policiers et ces autorités locales qui finalement prennent ce qu’ils peuvent : un coup de projecteur des médias lorsqu’ils offrent des tenues de boxe au club remis sur pied par Danny Flynn, alors que celui-ci sait que s’il les accepte il alimentera la cause des activistes, la police étant protestante et étant la réminiscence permanente dans la tête de beaucoup de déshérités irlandais catholiques de l’oppression qui résulte d’une sorte « d’invasion anglaise ».

Cela fait depuis 1916 que cela dure, même le conflit de la Grande Guerre n’avait pas résisté à cela, lorsqu’il fallait notamment trouver des volontaires irlandais pour rejoindre les troupes britanniques envoyées en France contre l’Allemagne de Guillaume II, c’est dire la difficulté pour Jim Sheridan de traiter d’un sujet qui dépasse aujourd’hui encore beaucoup de monde. L’Irlande est aujourd’hui en pleine lumière en terme de réussite socio-économique, son modèle économique a pondu les meilleurs œufs en or de toute l’Europe au sortir des années 90 de plomb, mais le problème est réel, et valait l’investissement d’un tel duo de qualité Sheridan-Day-Lewis pour en parler avec pureté, sobriété et intimité. Un film coup de poing comme il est impossible d’en faire avec autant de réussite sur un sujet social aussi complexe. Bravo !

 



Publié dans : drame/psycho-drame
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